L’approche traditionnelle de la construction de la paix est qualifiée de libérale ou rationnelle : elle s’opère du haut vers le bas, a pour objectif l’implémentation d’une économie de marché, l’implémentation d’un État de droit, le respect des droits humains, à travers la mise en place de programme et mission d’organismes ou de pays tiers dans la zone de conflit/tensions. La construction de la paix est un continuum qui englobe plusieurs processus et ne se limite pas au seul maintien de la paix, à la prévention de conflits ou au développement.

BP peacebuilding monde FR

Un bilan limité sur son efficacité

  • L’impératif de stabilité conduit à des solutions court-termistes pensées par des acteurs tiers telles que les organisations internationales, les ONG internationales ou des États. L’agenda de ces acteurs est emprunt du modèle libéral des démocraties occidentales.
  • Ces acteurs ont les ressources et les moyens de contribuer à la paix dans les zones de conflit mais ces pratiques se sont révélées limitées, parfois inefficaces, voir contre-productives.
  • Il n’existe pas une solution ou un ensemble de solutions qui conviennent à un conflit ou une zone de tension donnée.
  • La pratique du peacebuilding du haut vers le bas implique un processus décisionnel très centralisé et fermé au niveau diplomatique (représenté par des acteurs tels que les Nations Unies). Les compétences politiques et diplomatiques de ces acteurs n’impliquent pas le même niveau de compétence sur d’autres dimensions importantes du conflit.
  • Par exemple, sur la question humanitaire, l’approche libérale du peacebuilding a tendance à créer des partenariats et des alliances qui déresponsabilisent et dés-autonomisent l’échelle locale et les acteurs locaux, compétents sur le terrain.
  • La construction de la paix au niveau mondial est financée par des outils issus des Nations Unies (et donc ses États membres), des organisations régionales (telle que l’Union Européenne) ou mondiale telles que la Banque Mondiale ou le Fonds Monétaire International (davantage pour les questions de développement), ou même des ONG basées en Suisse, au Royaume-Uni ou en Belgique : International Alert, Interpeace, Saferworld ou International Crisis Group.
  • Le Fonds pour la Consolidation de la Paix des Nations Unies a permis notamment entre 2017 et 2019 d’approuver 531 millions de dollars d’aide pour 51 pays.
  • Juin 2015 : un rapport de l’ONU tire la sonnette d’alarme sur les pratiques de consolidation de la paix : pas assez employées, peu financées et trop peu priorisées.
  • Une trop faible part des partenariats des programmes de paix de l’ONU sont établis avec des acteurs de la société civile locale.

Comment mettre en place une construction de la paix plus efficace sur le long terme?

La sécurité humaine

  • Mettre en place une stratégie sur le long-terme qui a pour objectif la sécurité humaine.
  • Ce concept permet d’insister sur la sécurité de tous et toutes dans tous les aspects qui constituent les droits humains les plus basiques.
  • Il remet en cause l’approche traditionnelle de la sécurité nationale dans les pratiques du peacebuilding et permet d’apporter des solutions aux limitations de ce dernier (on pensera notamment à la santé mentale et aux traumatismes psychologiques, largement sous-estimés dans la pratique traditionnelle du peacebuilding).

Un processus de consolidation de la paix « bottom-up » et inclusif

  • Ce processus se doit d’être spécifique au contexte, inclusif, géré à l’échelle locale par une multitude d’acteurs divers et de s’opérer du bas vers le haut, dans un modèle “bottom-up”.
  • Ce processus est plus efficace, plus économe et optimal en termes de temps, il réaffirme la légitimité de ces activités auprès des populations concernées et limite les potentiels futurs spoilers.
  • Certains acteurs du peacebuilding international recommandent même de ne pas se limiter à des partenariats d’égal à égal mais de mettre la priorité sur l’inclusion des acteurs locaux, tant les victimes que les auteurs des violences dans le processus de prise de décision.
  • La présence dans les positions de leadership de personnes qui ont expérimenté ces principes de la pratique du peacebuilding sur le terrain constitue un autre point clé.

Résilience et solidarité

  • La notion de résilience comme un continuum qui permet, autant aux individus qu'aux institutions, de faire évoluer leurs relations et leurs interactions afin de diminuer l'impact des facteurs qui peuvent créer des tensions et, un, ou des, potentiels conflits.
  • Un des mécanismes qui permet d’atteindre cette capacité de résilience est la solidarité. C'est un mécanisme précieux afin de limiter la marginalisation et l’exclusion.

La question du financement

  • Encourager et impulser une indépendance économique sans créer de dépendance financière, et en évitant les conflits d’intérêts ; entre anciens colons et anciens territoires colonisés par exemple.
  • Les moyens de financement du peacebuilding à l’échelle internationale sont problématiques et probablement peu viables sur le long-terme sans des partenariats locaux plus stables.
  • D’autres solutions de financement doivent permettre une meilleure gestion de la question économique avec des financements plus participatifs, provenant davantage des organisations régionales par exemple.

Prévenir les conflits en contrôlant ses exportations d’armes

  • La prévention de conflit est un composant essentiel de la construction de la paix, souvent négligé car il est plus difficile d’identifier des tensions ou des divisions sociales, politiques, économiques, etc. susceptibles de mener à un conflit ouvert ou latent que de réagir une fois le conflit visible.
  • La France, par exemple, a publié une nouvelle stratégie de prévention de conflits en 2018. Un élément essentiel manquant à cette stratégie, serait de garantir un engagement plus solide quant aux ventes d’armes de la France.

Rompre avec la tradition d’intervention paternaliste

  • Une réflexion plus critique des pays développés et des conséquences de leurs actions/décisions sur des pays tiers doit être développée et s’inscrire dans le débat sur les pratiques du peacebuilding.
  • Par exemple, l’accès aux ressources peut générer des tensions au niveau local. Cela implique qu’il y a une responsabilité des États en fonction des régions qu’ils choisissent pour établir des liens commerciaux, s’approvisionner en ressources naturelles, etc.

RECOMMANDATIONS:

 -Favoriser les organisations régionales plutôt qu'internationales dans les processus de décisions.
-Décentraliser les moyens et les ressources des grandes ONGs mondiales ainsi que des institutions telles que les Nations Unies pour renforcer les capacités locales.
- Promouvoir la perspective de sécurité humaine et les processus du bas vers le haut, l’engagement des acteurs locaux, la diversité et l’inclusivité de tous et toutes dans les prises de décisions ainsi que des communautés résilientes et solidaires.
- Inclure un plus grand contrôle des exportations d’armes dans les stratégies de prévention de conflit.
- Repenser le rôle des Nations Unies en redéfinissant les limites de ses interventions et en respectant la légitimité des acteurs locaux concernés, même membres de l’ONU, dans la pratique du peacebuilding.
- Repenser les systèmes de financement de la consolidation de la paix afin de limiter les dépendances financières et les conflits d’intérêts entre les États donateurs et les États récipients.
- Investir plus de moyens dans la recherche sur les problématiques sociétales qui rentrent dans le spectre de la sécurité humaine plutôt que dans le domaine militaire pour développer des solutions sur le long-terme.


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