BP peacebuilding FR

Le peacebuilding, c’est quoi ?

Définition du peacebuilding, aussi appelé construction ou consolidation de la paix :
D’après Boutros Boutros Ghali (ancien secrétaire général de l’ONU) en 1992 ; cela désigne toute action menée en vue de définir et d’étayer les structures propres à raffermir la paix afin d’éviter une reprise des hostilités ou le commencement d’un conflit violent en traitant les causes premières identifiées ou supposées et en créant une attente sociétale de résolution pacifique des conflits afin d’aboutir à une paix durable et de stabiliser la société politiquement et économiquement. Ces initiatives se doivent d’être mutuellement orientées, impulsées par la population autant que les gouvernants.

La doctrine française

  • L’approche française est une approche profondément marquée par une gouvernance par le haut (« top-down »). Les premiers décideurs et ouvriers de la construction de la paix, c’est l’État ainsi que les institutions publiques.
  • La stratégie française est centrée sur la prévention des conflits et de la violence. Cette stratégie s’inscrit dans un mouvement global de "sécurisation" de la paix à travers des programmes de développement. Elle consiste à privilégier la prévention des conflits et de la violence plutôt que d’activités fondamentalement centrées sur la consolidation de la paix.
  • C’est une stratégie qui peut se révéler complètement contre-productive pour traiter les problèmes socio-économiques de fond. C’est le cas quand les lobbys de l’industrie de l’armement et de la défense disposent d’importantes ressources et d’une forte présence dans le processus décisionnel, tandis que le monde du peacebuilding ne possède pas des mêmes moyens de lobbying, voir aucun moyen de lobbying.

Les acteurs du peacebuilding en France

  • L’agence française de développement (AFD) est l’organisme le plus important dans la stratégie nationale du gouvernement français. C’est à la fois une banque et l’institution en charge de la politique de développement.
  • Les études et la recherche sur le peacebuilding ont montré qu’il était primordial d’agir avec les acteurs locaux qui connaissent le terrain et le contexte ou les soutenir dans leur travail de consolidation de la paix, afin d’éviter des interventions humanitaires teintées de néocolonialisme et inefficaces liées à l’application d’un même modèle unique sur différents territoires.
  • Pourtant, seulement 4 % des aides au développement françaises (ODA) ont été investies dans le cadre d’accord bilatéraux avec des organisations de la société civile. Elles jouent un rôle mineur dans l’implémentation de ces aides sur le terrain. Un chiffre destiné à augmenter d’après le gouvernement français.
  • Parmi ces 4 %, on note de nombreux acteurs non-gouvernementaux dans la construction de la paix qui se démarquent à l’échelle internationale et possèdent les ressources et les capacités bureaucratiques nécessaires pour recevoir des financements importants : Médecins du Monde, la Croix Rouge, Action contre la Faim, Handicap International, ACTED, etc. Le peacebuilding en France est un milieu fortement institutionnalisé.

Comment l’État français finance le secteur du peacebuilding à l’échelle nationale ?

  • L’AFD a mis en place le fonds Paix et Résilience Minka. C’est un outil de financement de 250 millions d’euros/an. Le fonds Minka est utilisé pour prévenir les conflits mais aussi dans la sortie de crise. Au même titre que les prêts, les subventions ou les financements des ONGs, le fonds Minka est un fonds à part entière de l’AFD. Il est le seul entièrement dédié à mettre en place une paix durable et il vise 4 régions précises : le Sahel, le lac Tchad, la République centrafricaine et le Moyen-Orient.
  • Pour le reste du monde, il faut mobiliser les autres outils de l’AFD tels que les prêts ou les financements aux ONGs, dont les Appels à Projets Crise et sortie de Crise par exemple (APCC). L’APCC représente des fonds moins élevés que le Minka puisque depuis 2013, il a mobilisé 83,5 millions d’euros.

Où intervient le peacebuilding français ?

  • Il y a une corrélation entre les anciennes sphères d’influence de la France, notamment à travers la colonisation, et les zones ciblées par le peacebuilding français. On peut l’expliquer du fait de liens forts avec ces régions, sur les plans historique, diplomatique et/ou économique. Cela implique également que la France favorise des zones où ses intérêts économiques sont plus représentés.
  • Le Sahel, le Lac Tchad et la République centrafricaine représentent également des zones d’interventions militaires françaises.
                     - Le Sahel est la zone où se déroule l’opération militaire Barkhane depuis 2014. Cette région représente le plus grand engagement militaire français actuel, même dans le contexte du G5 Sahel qui aurait dû permettre à la France de se désengager, c’est la France qui représente le pays meneur de cette intervention militaire désastreuse.
                    - Le Sahel concentre 22 projets actuels de l’AFD sur les 170 qui sont en cours dans le monde et concentre 600 millions d’euros de projets d’aide juste pour le Mali. Ces projets concernent la paix ou d’autres secteurs tels que l’éducation, le climat, les infrastructures, les technologies qui peuvent également garantir une meilleur stabilité locale, condition sine qua non d’une paix durable.
                   - Toutefois, la corrélation entre la localisation des projets de l’AFD et les interventions militaires françaises interroge. L’AFD avait d’ailleurs demandé la censure d’un article du journal Afrique Contemporaine en mars 2019 qui portait sur l’intervention militaire française au Mali révélant des interférences politiques majeures et des intérêts communs entre l’agence gouvernementale de développement et l’armée française.

Les failles du peacebuilding français

  • L’intervention militaire française au Sahel s’est révélée impossible à gagner militairement depuis 2013, même en faisant appel à ses alliés militaires (G5 Sahel et l’ONU). On peut mettre en cause la stratégie française au Mali, fondée sur la doctrine des 3 « D » : Diplomatie, Défense et Développement.
  • Cette doctrine met l’accent sur la dimension sécuritaire du peacebuilding, une vision à court-terme qui favorise l’industrie de la défense mais ne traite pas en profondeur les causes sociales, économiques et politiques du conflit qui permettent d’assurer une paix durable.
  • L’équilibre régional a été déstabilisé, en fragilisant davantage la sécurité des individus, sans qu’aucune alternative viable n’ait pu être construite localement. Cela se traduit par un fort sentiment antifrançais des maliens qui rend cette opération militaire encore plus illégitime.

On ne peut pas construire la paix en intervenant militairement dans un pays étranger lorsque la priorité et la cause de cette intervention est autre que la sécurité et la paix des individus.

 

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