BP changement climatique

La crise climatique constitue une menace existentielle pour tous les individus sur la planète et qui impacte le monde de l’armement et de la défense. Elle est mesurée avec les émissions nocives de CO2 qui ont fortement augmenté avec la combustion fossile et la déforestation globale. Elle exacerbe aussi les conflits. Dans un rapport paru en 2014, le Pentagone et l’armée américaine planifiaient de nouveaux scénarios conflictuels liés à cette crise et à la rareté croissante des ressources. L’industrie de l’armement, de la défense et les armées dans le monde font parties des industries les plus polluantes, des plus gros consommateurs d’énergies fossiles ainsi que des plus gros émetteurs de gaz à effet de serre (GES).

La situation en France

En France, il est difficile de connaître précisément le poids de cette responsabilité :

  • Le ministère de la défense a publié une fois en 2012, le bilan carbone dressé pour l’année 2010. Ce bilan sous-estime largement la réelle empreinte carbone des armées françaises. Il estime les rejets de GES à « un peu plus de 5 000 000 de tonnes de CO2 ».
  • Non comptabilisées : les opérations militaires, la fabrication, la possession et le démantèlement de matériel militaire, les conséquences à long-terme des interventions militaires ou les bases militaires à l’étranger.
  • Manque de transparence et absence de chiffres publics sur l’empreinte carbone de l’armée et de l’armement : ce bilan carbone devait être publié tous les 3 ans. Cet obstacle à l’information empêche tout débat public alors même que l’armée est financée par l’argent public et qu’elle est supposée protéger sa population. Il faut prendre en compte l’empreinte carbone de la fabrication d’armes, de la signature des contrats et des processus de négociations, de la livraison des armes, mais également dans les armes elles-mêmes. Les Rafale vendus par la France consomment 2.200 litres de carburant par heure de vol. Cela veut dire qu’ils émettent environ 20 kg de CO2 par km. Autre arme française ; un char Leclerc produit 4kg de CO2 au kilomètre.

Un problème mondial

  • Pour dresser un bilan carbone complet, il faudrait établir l’impact des conflits sur l’environnement dans le monde. Certaines armes chimiques restent des années dans l’eau ou la terre telles que les armes et munitions immergées dans l'Adriatique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ou la marée noire causée par la destruction par l’armée israélienne de la centrale thermoélectrique de Jieh au sud de Beyrouth. Les épaves de navires liées à la guerre représentent plus de 15 millions de tonnes de pétrole.
  • Les destructions d’infrastructures rejettent des matières toxiques dans l’air et l’empreinte carbone de la reconstruction est considérable (1 tonne de ciment = 656kg de CO2 rejeté). Les États-Unis, première puissance mondiale, détiennent également le plus gros pollueur mondial : son armée.
  • Un rapport de la Brown University a évalué les émissions CO2 de l’armée américaine en 2017 à 59 millions de tonnes, soit plus que celles rejetées par tout un pays comme le Portugal ou la Suède sur un an.
  • Une forme de légitimité passive a été donné aux corps militaires mondiaux en les exemptant de respecter les normes juridiques aux niveaux national et international.
  • Le Protocole de Kyoto en 1997 ; les pays qui ont signé et ratifié ce protocole ont en moyenne décidé de réduire d'au moins 5% leurs émissions de gaz à effet de serre sur la période 2008-2012 (par rapport à 1990).
  • Toutefois, le travail des lobbys militaires (principalement américains) et de l’armement ont permis d’institutionnaliser le concept de traitement « différencié » et de donner un passe-droit au secteur militaire vis-à-vis de ces objectifs.

Le greenwhashing militaire

  • L’’importance croissante de la mobilisation du débat public et politique autour de la question de climat a tout de même poussé le monde militaire a ajusté sa position et ses discours à cette nouvelle prise de conscience.
  • On observe les termes de « menace climatique » et d’« urgence climatique » dans de plus en plus de productions émises par le monde militaire. Cette rhétorique est largement utilisée pour mobiliser autour de l’« urgence » de la situation qui permet au secteur de demander plus de financements et de moyens.
  • Loin d’une véritable prise de conscience, le secteur militaire voit davantage cette crise comme une opportunité financière, qui se traduit par le « greenwashing militaire ». Les dépenses militaires ont d’ailleurs augmenté partout dans le monde ces dernières années, ce qui montre que cette prise de conscience est très limitée. Le gouvernement français a annoncé, le 9 juin 2020, un plan de soutien au secteur de l’aéronautique d’un montant de 15 milliards d’euros. Durant son discours, le Ministre Bruno Le Maire a affirmé que l’objectif d’un avion « zéro carbone » serait atteint en 2035, 15 plus tôt que l’objectif initial de 2050, grâce à ces 15 milliards.
  • Le 10 juin 2020, le patron de l’entreprise Dassault (avions de combat Rafale) a indiqué qu’un avion zéro carbone à l’hydrogène était inenvisageable pour les Rafale car « ils continuent à bien se vendre ». Une fois de plus, l’industrie de l’armement priorise le profit à l’avenir de l’humanité.
  • Le secteur compte bien capitaliser sur cette nouvelle menace pour vendre des armes « vertes ». Lockheed Martin vend des sous-marins solaires, MBDA a également mis en avant ses nouveaux missiles qui génèrent moins de pollution, il existe des munitions avec emballage réutilisable : la crise climatique est devenue un argument de vente.

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