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Les conséquences du coronavirus sur les exportations d’armes en France

En France, 3e exportateur mondial d’armes dans le monde, 90 % des exportations d’armes semblent actuellement suspendues tandis que 10 % sont toujours opérées. Une faible part des exportations sont donc toujours effectuées mais la grande majorité restent en suspens, pour le moment. Cependant, le commerce des armes se poursuit sous diverses façons.

Nouveaux contrats

Le commerce se poursuit toujours sous d’autres formes. Les discussions et négociations qui prennent place avant la signature d’un contrat ne semblent pas avoir subit le même ralentissement que le reste de l’économie. Le 28 avril 2020, la France et l’Allemagne ont signé un nouvel accord pour la production de nouveaux chars blindés dans le cadre du programme MGCS.


Industrie de l’armement


En France, le confinement imposé à partir du 17 mars 2020 pour lutter contre l’épidémie du coronavirus a fortement ralenti les secteurs de l’industrie inaptes à opérer en télétravail tel que le secteur de l’armement. Toutefois, les poids lourds du milieu ont rapidement mobilisé leurs réseaux (médiatique entre autre) afin de réclamer la réouverture de leurs usines pendant le confinement. Ainsi, l’industrie aéronautique a été classée comme industrie de première nécessité à l’économie française, permettant au secteur de reprendre leur activité pendant le confinement. Cela montre que la suspension actuelle de 90 % des exportations d’armes n’est que provisoire et une conséquence directe du coronavirus. Toutefois, cela ne change absolument pas la stratégie de l’État français qui continue à signer des contrats ainsi qu'à produire et vendre des armes et des équipements militaires.

Les usines de MBDA, par exemple, ont fait reprendre 20 % de leurs employés, inaptes au télétravail en avril 2020. Fin avril, la reprise de l’activité du secteur était estimée à un niveau de 75 %. Le secteur demandait également aux pouvoirs publics d’investir massivement dans la défense afin d’amortir la crise impactant le secteur aérien pour préserver le secteur aéronautique national. Cette trame narrative s’appuie sur l’importance du secteur aéronautique français pour l’économie nationale, les 200 000 emplois qui en dépendent (selon les derniers chiffres en 2020) et les exportations d’armes qui sont liées au secteur.

Salons de l’armement

Le salon Eurosatory qui devait avoir lieu du 8 au 12 juin 2020 a été annulé le 23 mars 2020 par le COGES. Les conséquences financières semblent assez faibles pour le COGES puisque celui-ci avait souscrit à une assurance. Les dépenses s’élevaient déjà à 11 millions d’euros au 24 mars 2020. Le COGES est une filiale du GICAT (Groupement des Industries françaises de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres), un groupe constitué de grandes, moyennes et petites entreprises de l’armement français. Le GICAT est régulièrement soutenu par le ministère des armées et le gouvernement, lors de la visite de la Ministre des Armées Florence Parly à l’entreprise Nexter pendant le confinement, le 6 avril 2020. Le PDG de Nexter Stéphane Meyer est également le président du GICAT.

 La gestion gouvernementale mise sur l'armée

L'opération Résilience

Le Ministère des Armées (Minarm) a lancé l’opération Résilience le 25 mars 2020 dans le cadre de la lutte contre le COVID-19 pour apporter un soutien, d’abord logistique, au secteur médical et sanitaire du pays qui ne dispose pas des moyens et des ressources nécessaires pour faire face à l’épidémie. Les troupes françaises, de plus en plus sollicitées sur des territoires radicalement différents, à l’intérieur du territoire national tout comme à l’extérieur, pour des missions très variées, sont susceptibles d’atteindre un épuisement physique et mental. Le reste des déploiements de l’armée française, notamment à l’étranger, semblent peu perturbés d’après le Minarm.

 Communication gouvernementale

Alors que l’armée et l’opération ‘Résilience’ n’ont qu’un rôle de soutien dans la lutte contre l’épidémie, le gouvernement a choisi de communiquer en utilisant un discours centré sur la guerre. Lors de son discours du 16 mars 2020 annonçant le confinement national, le président Emmanuel Macron a prononce à six reprises l’expression «nous sommes en guerre». Cette communication place l’armée et les soldats en première ligne de la lutte invisibilisant la population civile constituée du personnel soignant, du personnel de nettoyage, des éboueurs et éboueuses, des caissières et caissiers, des ouvriers agricoles, etc., qui se trouvent réellement en première ligne et qui ont dénoncé le manque de masques dans la lutte contre le coronavirus, menant un combat sans l’équipement nécessaire. De plus, en déployant des militaires pour des missions de sécurité et de support sanitaire à l’intérieur du pays, le gouvernement brouille le message et ne permet pas à l’opinion publique d’avoir une idée clair du rôle et des missions remplies par les militaires. Ces mécanismes coupent ainsi toute possibilité d’un débat public éclairé sur les missions de l’armée française et sur les interventions menées par les soldats à l’étranger.

La société face à cette gestion

Repenser les priorités budgétaires
L’épidémie de coronavirus a montré l’importance de repenser la place des dépenses militaires dans la stratégie du gouvernement. Pourtant, le gouvernement français envisagerait actuellement un plan d’aide d’environ 1 milliard d’euros pour le secteur de l’industrie aéronautique-défense. L’urgence sanitaire en France a révélé la faiblesse du budget consacré à la santé des français comparé aux dépenses militaires. Il est urgent de réinvestir l’argent dans les besoins sanitaires nationaux plutôt que les armes.


Un manque cruel de transparence
Le 7 mai 2020, l’Association des journalistes de la Défense dénonçait le manque de transparence, les mensonges et les pressions qu’ils subissent de la part du Ministère des Armées. Ce communiqué de presse alerte sur l’opacité grandissante du Minarm sur l’information dans le contexte actuel. De même pour le Parlement qui s’est vu refusé le 28 avril 2020, la communication du taux de disponibilité des matériels des armées. Cette information classée maintenant comme confidentielle était pourtant communiquée publiquement depuis 2013. En outre, le ministère des armées a été pointé du doigt pour son manque de transparence quant à la progression du coronavirus au sein de ses membres. Les nombreux cas de contaminations du porte-avion Charles de Gaulle mettent en lumière l’absence de communication du ministère des armées sur la situation sanitaire au sein de l’institution. Il est urgent d’établir un dialogue transparent entre le Ministère des Armées, les journalistes, le Parlement et la population française.

Repenser la paix mondialement
Cette pandémie mondiale a ouvert de nouvelles possibilités pour la construction de la paix. En effet, de nombreux groupes armés, face aux dangers sanitaires, ont exprimé leur volonté de participer à un cessez-le-feu mondial en déposant les armes. En mars 2020, le Secrétaire Général des Nations Unies, António Guterres, a appelé à un cessez-le-feu mondial. Un appel qui s’est soldé par un échec cuisant du multilatéralisme alors que la résolution présentée au Conseil de Sécurité des Nations Unis dont chacun des membres sont des acteurs du commerce mondial des armes et des conflits actuels. Il est urgent de repenser la coopération internationale pour construire un monde où la paix et la sécurité des êtres humains prévaut sur le commerce et les profits tirés des ventes d’armes.

 Vous pouvez télécharger ce document au format PDF en suivant ce lien: Briefing paper: Le commerce des armes et le Covid-19